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MoneyLab : Bitcoin et Crowdfunding

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REPORTAGE Ils sont chercheurs, geeks, entrepreneurs ou activistes, et pour eux,  il est urgent d’offrir aux citoyens, et même aux entreprises, une alternative aux monnaies des Etats.

Dans un contexte de crise, l’argent est au centre de toutes les préoccupations. Dernier exemple en date, lundi 14 avril, avec la Banque de France qui s’émeut d’un euro « anormalement fort ». Une situation parmi tant d’autres qui suscitent les interrogations, notamment chez les universitaires, les programmeurs, les représentants d’ONG, les geeks curieux, les étudiants, les artistes, une cyberféministe française, les entrepreneurs, les journalistes et les blogueurs (ou plusieurs de ces cases en même temps) qui se sont rassemblés les 21 et 22 mars dernier à Amsterdam au « MoneyLab : Coining Alternatives« .

conference finance alternative

La finance, « machine à vapeur de notre époque »

Parmi les stars de l’événement et première à prendre la parole intervient Saskia Sassen de l’université Columbia à New York. L’économiste et sociologue néerlando-américaine, réputée pour son travail sur la mondialisation et la ville, commence en énonçant: « La finance n’a rien à voir avec l’argent. Si c’était le cas, ce serait trop simple. » Avant d’ajouter: « Il faut faire la distinction entre la banque traditionnelle -qui vend ce qu’elle possède- et la finance -qui vend ce qu’elle n’a pas. C’est là d’ailleurs que se trouve sa créativité : elle doit sans cesse inventer des instruments et envahir d’autres secteurs, puisqu’elle même ne dispose pas de ce dont elle a besoin pour produire (de la valeur). »

Parmi ces expansions récentes se trouvent les crédits hypothécaires (donnant ainsi lieu à la crise des subprimes) mais aussi les prêts étudiants et les dettes gouvernementales. « [La finance] est la machine à vapeur de notre époque, même si la machine à vapeur était une invention bien plus honnête. Elle est présente partout, directement ou indirectement. »

Rien de nouveau donc, mais un message clair : à l’heure où la finance n’a jamais paru aussi déconnectée de la réalité et où l’accès à la monnaie est dramatiquement inégalitaire (« on ne prête qu’aux riches« ), il est nécessaire de trouver des alternatives, de penser les monnaies de demain.

Le crowdfunding, pas si universel qu’on ne le croit

Les solutions sont nombreuses, empruntent des chemins différents et provoquent même à l’occasion quelques débats contradictoires. La Danoise Inge Ejbye Sørensen, de l’université de Glasgow, rappelle par exemple les limites de la finance participative (ou « crowdfunding »), qui est selon elle loin d’être aussi universelle qu’on ne le croit.

En se penchant sur le cas des projets audiovisuels au Royaume-Uni, on constate qu’elle permet la production d’un type de films bien précis: « Ce ne sont pas tellement les réalisateurs de documentaires qui, pour l’instant, bénéficient du crowdfunding ; mais plutôt les distributeurs et diffuseurs qui profitent de ce mode de production et gagnent de l’argent. Au lieu d’offrir une subversion ou alternative aux structures de production existantes, la finance participative renforce les acteurs établis. »

Du piratage d’œuvres protégées à l’anarchisme co-financé

Ses réticences, pourtant, ne ternissent pas l’enthousiasme de l’excentrique Jamie King. En 2006, le premier fait d’armes de ce trentenaire avait été la réalisation puis la diffusion sur the Pirate Bay (célèbre serveur de partage en P2P) de « Steal This Film », une série de documentaires sur le piratage d’œuvres protégées ou, comme on préfèrera formuler ici, sur « le mouvement contre la propriété intellectuelle. »

Après avoir participé à la création de la plateforme Vodo, qui distribue toute sorte de contenus indépendants tout en permettant aux utilisateurs de payer ensuite le montant qu’ils désirent, l’Anglais voit encore plus loin. Son nouveau site peer.do, « un laboratoire d’action co-financée » et une réponse aux limites des outils existants, se veut encore plus militant :

« Il est essentiel que nous commencions à financer dès maintenant différentes sortes d’actions, à cause de la situation dans laquelle nous sommes […]. « Il ne reste personne, à l’exception de nous tous. » C’est cette dynamique de groupe qui permet que vous et moi puissions combattre cette chose dont parle Snowden, cette chose qui commence à montrer ses dents ici et là […]. Kickstarter ne sera jamais capable de financer une manifestation ou des logiciels luttant contre la surveillance de masse« .

Inspiré par Bitcoin (un système de paiement anonyme basé sur une monnaie virtuelle), la plateforme de Jamie King promet de cacher l’identité de ses utilisateurs et, surtout, de promouvoir une fois encore tous types de projets… même potentiellement illégaux.

Selon son créateur, peer.do serait destiné, entre autres choses, au journalisme d’investigation, à certains types de logiciel (« que vous êtes capables d’imaginer facilement »), à des fuites d’information confidentielle (« je révélerai quelque chose en échange de 10.000 de dollars »), à des start-up vraiment révolutionnaires (« pas comme celles de la Silicon Valley »), à des organisations politiques, à des manifestations ou bien à des projets créatifs. Si, en fin de compte, le site de King ressemble bien à une incitation à l’anarchisme co-financé, d’autres ont des approches plus sages.

Des crypto-monnaies communautaires

Les chercheurs Irina Enache (de l’Institute of Network Cultures, organisateur de l’événement) et Robert van Boeschoten ont créé ensemble un outil de visualisation de données permettant aux artistes, designers, programmeurs et freelancers de trouver la plateforme de crowdfunding la plus adaptée à leurs besoins (en 2013, il en existait déjà plus de 300).

Le développeur Matthew Slater, de son côté, travaille sur une plateforme en ligne qui permettrait à des communautés de créer leurs propres devises. Lui aussi inspiré de Bitcoin, l’activiste anglais entend démocratiser l’utilisation des crypto-monnaies (ou « cryptocurrencies ») en permettant à chaque groupe qui le souhaite de choisir le nombre total d’unités selon ses exigences et surtout de le bloquer, limitant ainsi l’hyperinflation.

De tels systèmes d’échange parallèles seraient amenés à se multiplier dans les années à venir, d’après le programmeur. Lui-même avoue suivre de très près le développement d’Ethereum (co-créé par Vitalik Buterin, 20 ans), qui pousserait le concept de Bitcoin encore plus loin et permettrait « d’échanger de la monnaie, mais également des actions d’entreprise, des titres de propriété de biens physiques […]. » Une véritable révolution, selon certains observateurs.

« Notre forme de monnaie est devenue un système de croyance »

Parmi ces présentations techniques et parfois difficiles à suivre se glissent d’autres discours plus métaphoriques, pièces de théâtre ou performances. Un intervenant sort particulièrement du lot, faisant presque figure d’OVNI au milieu de cette foule plutôt sérieuse et appliquée: l’artiste néerlandais Dadara.

Ce dernier, qui a commencé sa carrière en concevant des flyers pour promouvoir la scène House locale au début des 90s, souhaite aujourd’hui faire réfléchir son public sur la valeur de l’argent dans notre société. Comme il l’écrit sur son blog: « notre forme de monnaie actuelle est passée d’un moyen d’échange neutre à un système de croyance. »

Au festival Burning Man, qui repose sur « l’économie de don » et où les monnaies sont proscrites pendant une semaine, l’artiste a présenté le « Transformoney Tree« , invitant les passants à gluer et peindre des billets en dollar sur un tronc nu de sa création, contredisant l’adage hollandais qui dit que « l’argent ne pousse pas sur les arbres. »

Détail qui en dit long sur ce fameux « système de croyance »: aux Etats-Unis, dessiner sur des coupures de banques est considéré comme un crime fédéral, et peut entraîner jusqu’à six mois d’emprisonnement.

L’intervention de Dadara, comparée à celles plus terre-à-terre des autres invités, parait fortement utopiste, souvent poétiquement naïve. Elle a bien un mérite pourtant. Celui de nous rappeler que, à une époque complexe où les NTIC incarnent autant de beaux espoirs que de bien sombres menaces, il faut rester idéaliste et ne pas cesser d’inventer : il faut continuer à rêver.

Source :  http://www.challenges.fr


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barrabas

Auteur : barrabas

Thank you l’Égyptien !!!

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