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Aquaponie : vers une reconversion de l’ancienne piscine en ferme Aquaponique à Tourcoing ?

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Plouf et vive l’aquaponie !

Les lauréates du concours Lille/Design for Change envisagent de reconvertir une ancienne école de natation en ferme aquaponique. ecole natation de tourcoing en ferme aquaponie ?

L’ancienne école de natation de Tourcoing, surnommée Les Bains, est vide. Dans l’entrée, on devine encore le guichet, entre poussière, débris et fientes de pigeons. Des escaliers branlants, un grand bassin à sec, une immense verrière qui laisse filtrer la pluie, des traces de cabines, des fantômes de salles de bains en étages… et des fougères pas gênées qui poussent dans le carrelage. Fermée depuis 1999, mais hantée, elle semble encore résonner des cris d’enfants et d’adultes qui y ont appris à nager. Cet équipement a été bâti en 1904 par l’ingénieur Edmond Philippe, à l’initiative du maire radical-socialiste Gustave Dron. En plein mouvement hygiéniste, ce médecin de formation avait rendu la natation obligatoire dans les écoles à partir de 1911.

Que faire aujourd’hui de ce bâtiment que la ville entend conserver pour sa valeur symbolique, populaire, et son architecture 1900 ? Tourcoing jouit depuis 2008 d’un nouveau centre nautique, situé sur l’ancienne caserne des pompiers et conçu par l’architecte Jean-Michel Ruols. La ville va même se doter d’un bassin olympique en 2015. Alors faut-il une fois de plus faire muter cette friche urbaine délaissée en lieu culturel, comme Roubaix a métamorphosé sa piscine en Musée d’art et d’industrie ? La métropole lilloise regorge de tels lieux à vocations artistiques, comme la Maison Folie Moulins (ancienne brasserie), la Condition publique de Roubaix (ancienne filature de coton) ou la gare Saint-Sauveur lilloise devenue un espace de loisirs et d’expositions.

Naufragés. C’est tout autre chose que Violaine Bourgeois et Manon Rouaze ont imaginé pour ces Bains naufragés. Les deux étudiantes de la Haute Ecole d’art et de design de Genève (Head) proposent de transfigurer l’école de natation en serre maraîchère aquaponique. Avec ce projet, elles ont remporté le concours Lille/Design for Change 2012-2013, compétition internationale portée par la métropole lilloise. Sur trois thèmes : l’agriculture urbaine, les ambiances urbaines et le droit à la différence.

L’aquaponie, c’est la combinaison de l’aquaculture (élevage des poissons) et de l’hydroponie (culture des plantes dans l’eau) en circuit fermé. Cette technique consiste à recréer un écosystème miniature dans lequel les déjections de poissons servent d’engrais naturel pour les plantes, grâce aux nitrates qu’elles contiennent. Une pratique déjà testée à petite échelle, à titre expérimental, en France. Mais développée à la BrightFarms aux Etats-Unis, dans les fermes Lufa Farms au Canada, et sérieusement étudiée en Allemagne.

Cette nouvelle piste d’agriculture urbaine, les deux jeunes designers l’ont immédiatement rêvée dans l’eau du bassin du centre de natation, la verrière pouvant servir de serre maraîchère.«On pourrait y créer un cycle de production urbain et un échange direct entre producteurs et consommateurs, expliquent-elles. Ce serait un nouveau lieu communautaire de production agricole, de rencontre et de partage entre les habitants. L’occasion de questionner la place de la nature en métropole.» Leur devise :«Reconstruire le passé pour mieux consommer l’avenir.»

Leur scénario d’agriculture urbaine s’inspire habilement des rites de l’ancienne piscine : un accueil, où l’on obtient une clé pour sa cabine. Là, on se change, on dépose ses affaires et on trouve le matériel nécessaire à la récolte, sécateurs et paniers. Peut commencer la «self cueillette» de fruits et de légumes dans la ferme aquaponique qui entoure le bassin. Puis on pèse, on paie. Le duo a aussi imaginé une association pour le fonctionnement de la ferme, une boutique de dégustation des produits, un atrium de repos, des ateliers autour de l’aquaponie, des rencontres avec les producteurs. Des livraisons seraient possibles. Dans cette immense serre, elles recréent d’autres sons, odeurs et saveurs, pour une agriculture redevenue de proximité. Avec, pourquoi pas, un restaurant ?

Nouveaux usages. Si Violaine Bourgeois et Manon Rouaze ont été récompensées, c’est que leur réinvention des Bains est «cohérente». «C’est une proposition non convenue pour un édifice patrimonial, qui peut avoir un intérêt économique», explique Philippe Louguet, architecte et président du jury Lille/Design for Change. Leur choix illustre surtout l’originalité et l’intérêt de cette compétition. Loin de demander aux créateurs de concevoir des objets isolés, fermés, elle leur permet de plonger dans la réalité urbaine de Lille Métropole, en connexion avec ses villes, quartiers en mutation, face à des situations urbaines concrètes. Pour imaginer de nouveaux usages. Dans cette veine, deux autres prospections ont été distinguées. Avec «Lille Bike Park», le jeune Chinois Siliang Fu, étudiant à Harvard (Massachusetts), propose d’édifier un lien entre deux quartiers populaires enclavés de Lille, la gare Saint-Sauveur et l’ancien site industriel Fives Cail Babcock, en passant au-dessus des voies ferrées ! Avec la volonté «militante» de développer sur ce territoire le vélo, de changer l’ambiance, en cohérence avec les V’Lille.

Plus poétique et nature, Pierre-Emmanuel Vandeputte, de l’école La Cambre de Bruxelles, rêve d’étranges «Migrations». Il propose de réunir régulièrement les habitants de Lille lors d’un festival des oiseaux. Pour cela, il a conçu un appeau, petit instrument sifflant avec lequel on imite le cri des oiseaux. On pourrait les observer, respecter leurs différences, car ils invitent à une lecture particulière de la ville. Comment s’y positionnent-ils, où y nichent-ils ? Ce projet fait écho à la tradition des coulonneux dans le Nord, ces élevages de pigeons voyageurs. Là, on vole littéralement.

Ce concours représente bien l’évolution du design vers les services, son ouverture vers la ville, la fiction, la critique. Autre atout : il est ici mis en lien avec l’architecture. Le design – culture, théorie et processus – est un outil de questionnements. C’est pourquoi le concours a été lancé par un colloque en octobre. Où le théoricien italien Gaetano Pesce a exprimé sa vision : «Il faut penser à des systèmes qui donnent un objet fabriqué à moitié et qui demandent au consommateur de terminer la fabrication.» Il s’adresse à «des gens qui sont des individus ; pas des numéros, juste des individus».

«Réflexion». Au final, 38 projets ont été retenus, venus de 14 écoles internationales. Ils sont présentés dans la chapelle de la Maison Folie hospice d’Havré de Tourcoing. «C’est seulement une restitution», explique Caroline Naphegyi, conservatrice, et créatrice de cette compétition. Elle verrait bien certains projets réalisés dans la métropole. Elle prépare déjà la prochaine édition de Lille/Design for Change en suivant trois thèmes : commerces et modes de consommation ; universalité de l’accès aux services ; délaissés urbains.

Mais ces propositions inventives, réalisables pour certaines, resteront-elles un simple label, perdu dans les cartons d’un laboratoire d’idées comme tant d’autres ? Le soir de la remise des prix, le maire (PS) de Tourcoing, Michel-François Delannoy, n’a rien promis. «Mais cela nourrira notre réflexion», a-t-il assuré. Et si Tourcoing devenait célèbre pour ses premiers Bains aquaponiques ?

Lille/Design for Change, Maison Folie hospice d’Havré, 100, rue de Tournai, Tourcoing (Nord), jusqu’au 21 juillet. Rens. : www.lille-design.com.

 

Source :
http://next.liberation.fr/design/2013/07/03/tourcoing-couleur-plantes-a-l-eau_915745

 

barrabas

Auteur : barrabas

Thank you l’Égyptien !!!

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