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Agronutrition utilise champignons et bactéries pour nourrir les plantes.

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Ce fabricant d’engrais étudie la fertilisation biologique des plantes par les bactéries et la mycorhize. Il collabore avec l’Inra, le CNRS et de l’Institut national polytechnique de Toulouse.

Détruite par l’explosion de l’usine chimique AZF à Toulouse en 2001, Agronutrition s’est reconstruite trois fois depuis. Cette entreprise d’engrais minéraux (oligo-éléments) a déménagé à Carbonne (Haute-Garonne) car la chimie était désormais mal vue à Toulouse. Elle a aussi opéré un virage vers les biotechnologies vertes. Son PDG Cédric Cabannes a pris le tournant de la fertilisation environnementale qui forme aujourd’hui 30 % de son activité. Enfin, cédée en 2004 par Entreprise Minière et Chimique, elle a été reprise par ses salariés avec le soutien du fabricant de produits phytosanitaires De Sangosse, qui a finalement acquis la totalité du capital en 2009.

L’innovation est le moteur de ces « renaissances ». En moins de 10 ans, de 2005 à 2013, Agronutrition a porté son chiffre d’affaires de 6 à 33 millions d’euros et son effectif de 25 à 100 salariés. L’effort de R&D a commencé en 2005 par un contrat de recherche avec le CNRS. Aujourd’hui, Agronutrition consacre 2 millions d’euros par an et 25 personnes à la R&D, soit un quart de son effectif, niveau exceptionnel pour une PME. Les résultats sont probants. « Nous réalisons 18 % de notre chiffre d’affaires avec des produits qui ont moins de trois ans », se félicite Cédric Cabannes.

Laboratoire commun sur la bio-fertilisation

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Par des procédés minéraux, végétaux ou d’endomycorhize (l’action des champignons sur les racines), Agronutrition cherche à diminuer les apports d’engrais chimiques. Elle a d’abord ouvert deux laboratoires de chimie minérale et végétale à Carbonne. Depuis 2009, elle travaille sur les esters de carbonate de glycérol avec le spécialiste Zéphirin Mouloungui de l’Inra et l’Institut national polytechnique de Toulouse (INPT). Il s’agit d’enrober les minéraux (bore, fer, molybdène…) d’une coque qui s’intègre aux feuilles pour faciliter l’absorption des éléments actifs, car 50 % des minéraux épandus dans les champs tombent sur le sol. Agronutrition a déposé quatre brevets mais n’a pas encore élaboré de produits. Elle a créé un réacteur pilote pour synthétiser les molécules végétales et a constitué en février dernier, avec l’Inra et l’INPT, le laboratoire commun sur la chimie du carbone renouvelable pour la bio-fertilisation et la nutrition des plantes.

En 2009 toujours, la PME a aussi ouvert un laboratoire de microbiologie à Labège près de Toulouse. Dix chercheurs y travaillent dans deux domaines : les micro-bactéries du sol et l’endomycorhize. Pour étudier la mycorhize, les chercheurs isolent des micro-organismes dans un échantillon de sol. Ils cultivent in vitro ces champignons associés à des racines, dans un bain nutritif d’eau, de sucre et de minéraux. Les champignons étendent le volume des racines, augmentent l’échange de sucre et accélèrent la croissance de la plante qui fixe davantage d’azote, de phosphore et d’oligo-éléments.

bactéries et champignons au secours de l’agriculture

Dans le laboratoire, les bocaux de mycorhize sont placés dans une salle de culture à 25 degrés pendant plusieurs mois. Un millier de bocaux sont entreposés mais il ne s’agit encore que de travaux de recherche. Agronutrition, qui a déjà vendu des essais en Espagne, en Italie et au Maghreb, espère obtenir l’autorisation de mise sur le marché en France à la fin de l’année. Et constitue une bibliothèque des champignons des terroirs français. « Nous cherchons de nouvelles souches de mycorhizes, nous sélectionnons des assemblages de bactéries et de champignons qui ont un apport agronomique et nous passons à la culture in vitro », explique Sébastien Roy, docteur en biologie végétale et directeur du laboratoire. Il a travaillé pendant dix ans dans la recherche publique et a commencé à étudier les champignons avec le chercheur Guillaume Bécard du Laboratoire de sciences végétales CNRS/Université Paul Sabatier.

Agronutrition vient d’agrandir le local de 500 m² pour y installer un laboratoire de bactériologie qui fait à la fois de la recherche et de la production de bactéries fixatrices d’azote et de phosphore pour les plantes. Dans un échantillon de terre fourni par l’agriculteur intéressé, les biologistes séparent les bactéries en les faisant réagir selon leurs fonctions (oxydation du fer, solubilisation du phosphore, etc.) dans des petites boîtes transparentes. Les bactéries sélectionnées sont multipliées dans une solution sucrée placée dans un fermenteur, où elles sont agitées et oxygénées. Le liquide obtenu contient un milliard de bactéries par millilitre ! Il est conditionné dans une poche de 5 litres et expédié à l’agriculteur, qui le pulvérise dans son champ. « Ce service commence à prendre. Nous avons vendu 500 fermentations en 2013 pour 3.000 hectares agricoles et 50 stades, et l’on prévoit 7.000 hectares cette année », se réjouit Cédric Cabannes.

Les bactéries se placent sur les racines des plantes et créent une rhizosphère qui fixe les éléments nutritifs. Elles empêchent aussi les champignons pathogènes de s’installer. C’est une voie d’avenir contre l’appauvrissement des sols. « Les 25 salariés de la R&D pilotent des projets de recherche collaborative avec le public », se félicite Hicham Ferhout, docteur en microbiologie, qui a rejoint la recherche privée pour « voir les applications concrètes » de son travail.


Source: Les Echos

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